Les Rita Mitsouko

Les Rita Mitsouko ont la beauté du mystère. De ces mystères qui parcourent l’histoire du rock et dont on aime tant parler, de ces secrets qui favorisent les rêves et les hypothèses qu’on ne souhaitent surtout pas vérifier.

En 25 ans d’existence, le chemin parcouru impressionne par la cohérence et la force qui s’en dégage. Fred Chichin et Catherine Ringer: Communion créative absolue ou réunion fortuite improbable?

Est-ce par amour du jeu ou recherche obsessionnelle du paradoxe qu’ils affectionnent bien plus les questions que les réponses? Toujours est-il que le fil rouge de ce qu’on doit bien nommer une carrière exceptionnelle est à chercher du côté de cette poésie de l’impossible, de cette gastronomie « salée-sucrée » dont Fred et Catherine ont déposé la recette : Les Rita préfèrent rire de la mort (Marcia Baila), piétiner l’horreur des camps d’un pas de danse (le petit train ?) ou se moquer du désespoir amoureux (les histoires d’A) plutôt que d’effleurer la moindre facilité.

Alors que leur album « The No Comprendo » devient l’hymne des années 90, que les portes du succès et du show-biz s’ouvrent en grand large, nos deux agitateurs montent un Sound System sauvage à la Cigale, anticipant de près de dix ans le déferlement d’une génération qui allait réinventer son rapport à la musique. Lorsqu’on leur réclame un album live et un « Best of », passages obligés de tout groupe pop rock en vogue, ils détournent l’étape dans un album acoustique enregistré en club, invités bien sentis (Doc Gynéco notamment) et réarrangements délicats à la clef.

Le goût du paradoxe contaminant jusqu’au titre d’un de leur album, la conquête du 21e siècle version RITA s’opère dans un esprit de « Cool frénésie » : recueil de chansons rock discrètement teintées d’électronique, chronique lucide d’une tragicomédie humaine dont Catherine et Fred sont eux-mêmes acteurs. L’un des secrets de la puissance évocatrice de ce groupe miraculeux est peut-être dissimulé dans cette capacité à vivre le monde qu’ils observent, sans lassitude ni nostalgie.

« La Femme Trombone » a été la brique la plus légère de la maison Rita. « Entrée » sur le ring olympique, « évasion » rock & roll façon coup de poing, certitudes bousculées à l’occasion d’un « vieux rodéo » bien funky, pour s ‘offrir un petite danse désuète « 1928 » en guise d’au revoir...
Les Rita Mitsouko ne semblent pas en âge d’accepter de limites à leur plaisir récréatif. Soudain, au détour d’un «Triton » tranquillement surréaliste, on se laisse emporter par la marée et l’on écoute abasourdi Catherine nous conter l’une des plus belles histoires de l’album. Dans « La Femme Trombone »... Elle fait enfin son apparition-surprise lors d’un chorus déchirant sur une tranche de soul contemporaine à la moiteur communicative : « Tu me manques, et pourtant tu es là... ». Catherine et Fred sont définitivement les poètes de l’impossible.

Chaque rendez-vous est une joie de retrouver deux créateurs atteignant la plénitude de leur art. Joie de se prendre en pleine face l’énergie brute d’un groupe de guerriers qui part à l’assaut comme au premier jour. Joie de se laisser envoûter par la voix de Catherine Ringer, si familière qu’on avait oublié qu’elle pouvait vous fendre le coeur. Joie et simplicité des concerts d’un gang qui n’a pas attendu la sortie de l’album pour gâter son public si fidèle.

Enfin, joie de pouvoir suivre une fois de plus Catherine et Fred dans leur drôle de quête, dans cette poursuite d’une étoile belle car inaccessible